La perte / Carl Gustav JUNG

Carl Gustav JUNG (1875-1961)
  

« C’est précisément la perte de relation avec le passé, la perte de racines qui crée un « tel malaise dans la civilisation » et une telle hâte que nous vivons plus dans l’avenir, avec ses promesses chimériques d’âge d’or, que dans ce présent que l’arrière-plan d’évolution historique n’a pas encore atteint. Nous nous précipitons sans entraves dans le nouveau, poussés par un sentiment croissant de malaise, de mécontentement, d’agitation. Nous ne vivons plus de ce que nous possédons, mais de promesses; non plus à la lumière du jour présent, mais dans l’ombre de l’avenir où nous attendons le véritable lever du soleil. Nous ne voulons pas comprendre que le meilleur est toujours compensé par le plus mauvais. L’espérance d’une plus grande liberté est anéantie par un esclavage d’État accru; sans parler des effroyables dangers auxquelles nous exposent les brillantes découvertes de la science. Moins nous comprenons ce que nos pères et nos aïeux ont cherché, moins nous nous comprenons nous-mêmes et nous contribuons de toutes nos forces à dépouiller l’individu de ses instincts et de ses racines, si bien que devenu particule dans la masse, il n’obéit plus qu’à l’esprit de pesanteur. »

Carl Gustav JUNG (1875-1961)

Médecin psychiatre

Extrait de « Ma vie » (1961)


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