Humeur vagabonde # 16

Je trouve intéressant de partager une expérience qui pourrait faire écho. D’autant plus que cela me tient à cœur de disséquer les étrangetés et les mystères de la psychologie humaine. Je pars de mon expérience pour développer une analyse succincte d’un état. Ce n’est pas exhaustive, il s’agit juste d’un survol pour explorer le silence de la parole.

Parfois, j’ai le sentiment étrange d’avoir la langue coupée à ne savoir que dire. Je demeure muré dans mon mutisme. Je me sens incarcéré avec mes mots quand le langage parlé me fait défaut. Les mots se sentent peut-être en sécurité dans une prison dorée à fuir le contact avec le monde réel? Toujours est-il, parler n’est pas si naturel et demande des efforts. En tout cas, quel étrange manège lors d’échanges impactés par le silence de mes pensées. Un silence creux mais bien ancré à chaque conversation. Tellement ancré que cela m’effraie de ne pas pouvoir accorder ma voix avec les autres. Les mots ne s’échappent pas de leur réserve naturelle comme des animaux trop longtemps restés en captivité. Et pourtant ma parole existe bel et bien: j’ai aussi des pensées qui restent certes coincées entre deux vides neuronaux mais qui ne demandent qu’à sortir de ce cercle vicieux. Je suis à la fois désireux de communiquer et anxieux de sortir au grand jour. Peut être est-ce le refus de paraître idiot à travers les mots évacués ou alors une peur monstre d’être catalogué? Un grand mystère qui me dépasse et dépasse mes frontières. Pourquoi diable aucun mot ne sort correctement de ma bouche sans avoir l’impression d’être d’aucun intérêt?

L’écrire permet de poser un diagnostic sur cet étrange phénomène: vouloir et ne pas pouvoir, connecté irrésistiblement à la peur d’être jugé sur l’intérêt porté à mes pensées.

Le blocage est constant. Aucun mot ne semble vouloir quitter le navire, bien au chaud dans une intériorité acquise au fil des années. Cela va au-delà de la timidité, de la réserve ou de l’introversion. C’est même assez déroutant pour soi.

Je passe pour une personne qui n’a rien à partager. De ce fait, je semble n’avoir aucuns intérêts ou en rupture avec les autres.

Combien de fois j’entends dire: « Tu ne parles pas beaucoup! » D’autres fois, c’est juste que je ne suis pas écouté quand me vient l’idée soudaine de parler et d’échanger un minimum. Du coup, un sentiment de ne pas être intéressant s’installe durablement. Par contre, les personnes me parlent souvent pour être écoutés sans réel réciprocité. Je passe souvent pour une caisse enregistreuse. Cela dit, j’accepte de prêter une oreille attentive aux autres. C’est juste que des fois c’est disproportionné.

Bien sûr, j’arrive quand même à trouver des personnes avec qui le dialogue est riche et intense. Et où il y a un bel échange. Et où il existe une réelle réciprocité: chacun a le droit à la parole. Mais ce n’est pas courant.

En conclusion, selon les affinités ou l’élan qui m’accompagne, j’arrive quand même à communiquer. La langue est comme souvent coupée mais demeure une lueur d’espoir qu’elle soit recollée. J’ai aussi une voix…

Emorizo


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