Amandine

J’ai envie de partager avec toi mon ami(e), une de mes dernières nouvelles. En effet, l’année dernière, j’ai participé à un des nombreux concours de nouvelles. Je te laisse deviner le thème… si thème il y a!

Bonne lecture.


Test… Amandine

Morte saison qui sommeille en ces nuits troubles, je pêche à la ligne des mots décevants pour te quérir une bien triste nouvelle.

Oui mon ami(e).

Toi qui me lis en ce moment.

Toi qui lis en ce moment mon test…

Enfin, tu auras bien deviné, derrière tes lunettes télescopiques, de quoi je cause… ?

Tu m’as en tout cas l’air bien fatigué : aurais-tu attrapé un rhume ? Ce n’est pas le moment que tu tombes malade en ce temps si injuste.

Non n’aies pas peur ? Je ne veux pas que tu t’éclipses à peine la virgule entamée.

Voilà. Virgule.

Tu peux avoir maintenant peur de ces mots qui te sont un étrange refrain, une mélodie effroyable derrière les ténors de la barbarie : « Douce saison qui sommeille en ces nuits troubles d’automne… » Tu te demandes certainement pourquoi, je te convie à me suivre derrière ses lignes interminables. Tu as raison de te poser cette fatidique question existentielle. Car vois-tu l’ami(e), les temps sont durs et il faut que je panse mon test…

Amandine, tu me manques !

Je disais donc, mon cher compagnon (ma chère compagne) de route, que le temps est venu pour moi de te livrer… un message. Tu ne trembles même pas ? En fait, tu n’as pas la moindre idée de ce qui t’attends. Alors là l’ami(e), tu devrais te cloîtrer dans ta chaumière bien à l’abri car ce que je vais te révéler dans mon test…

MERDE ! Je n’y arriverai pas.

Amandine, tu me manques tant !

MERDE ! Il y a ce p****n de voisin qui mitraille des longueurs télévisuelles. C’est insoutenable.

BON SANG, tu vas l’éteindre ta satanée de télé… !

Excuse moi, l’ami(e) ! Un moment d’égarement. J’ai du mal à me concentrer dans ce brouhaha. Bref, mon a****i de voisin mitraille dur. Je n’ai pas peur de lui vomir des mots crus pour qu’il cesse ce vacarme. Attends une minute, l’ami(e), j’ai quelque chose à faire.

BAM BAM

Ça y est ! J’en ai ma claque de cet autre a****i ! J’ai le cœur en charpie, il me faut quelques instants pour m’en remettre…

Amandine, tu me manques !

[…]

Amandine, tu raisonnes en mon cœur comme un refrain ravageur.

Tiens donc, on tonne… Qui cela peut-il bien être ?

PAM PAM PAM PAM

Sûrement, cet a****i de voisin qui claironne à tout va sa litanie automnale. Attends, l’ami(e)…

Ce c******n va abîmer la porte ! S’il croit qu’il m’impressionne avec ses airs de conquistador sous son regard éclair voyant. Il ne sait pas à qui il a affaire. Bon, il faut vraiment que j’aille ouvrir cette p****n de porte.

L’ami(e), tu crois vraiment que je n’ai pas les c******s assez solides pour affronter ce blanc-bec sec comme un steak de chez MD ? Je suis confiant et je crois avoir l’arme absolue. Attends que je réfléchisse ! Non, ce n’est pas une très bonne idée. En ce moment, j’ai les nerfs trop à vifs. Il faut vraiment que je me ressaisisse.

Il n’arrête pas de tambouriner comme un chacal affamé… Il croit qu’il m’impressionne avec ses roulements de marteau-piqueur. Je m’en fichtre, je n’ouvrirai pas. J’ai d’autres asticots à gâter ! Il m’asticote cet asticot.

Bon, où en étais-je ? Avec tout ce grabuge, j’en perds mon latin, le cerveau en patin à glace. Comme dit si bien mon professeur de yoga : « Faire le vide extérieur en soi en apportant la lumière sur soi. » Bref, une belle leçon de sérénité en toutes circonstances. J’en ai bien besoin en ce moment.

Attends l’ami(e) ! Il faut que je me fasse un rail de sucre roux pour atteindre le nirvana ! Cela m’aide à avoir l’esprit à peu près clair dans ce silence interne au milieu de ce léger, très léger bourdonnement de petite abeille se déposant sur sa fleur. Ah, le printemps raisonne en mon cœur. Je peux enfin m’extraire de ce monde de brute : ce p****n de voisin est enfoui au plus profond du gouffre bestial. Je ne sais pas toi… mais je n’aimerais pas y être dans ce gouffre bestial. Enfin, mon voisin y est. Je l’ai placé dans la case off.

Voilà, on peut dorénavant commencer mon test…

Amandine, tu me manques !

Décidément, ce mot est pâteux dans ma bouche. J’ai presque l’impression d’avoir avaler du beurre de cacahuète. Bref… N’aies pas peur ! Je vais bien finir par réussir à t’écrire ce fameux test… Bref. Maintenant que j’ai appliqué la bonne formulation dans mon esprit pour apaiser toute cette tension extérieure, je vais pouvoir te dévoiler.

Non, je sais que tu n’es pas voilé(e) ! Ça n’a rien à voir ! Il te manque vraiment une case… Je ne sais pas si je dois craindre (un bien grand mot) mon cher voisin ou toi l’ami ! Saches que tu m’inquiètes un peu…

Non, je délire. Moi, même pas peur ! En tout cas pas de ce voisin mitrailleur…

Zen… Soit zen… Tout doux… Voilà… Inspire après inspire, on apporte la lumière sur le soi en charnier…

Je me sens plus calme. Bon, je vais tâcher quand même, avant que tu ne t’affoles pour du bon, de te dévoiler mon test…

C’est incroyable comme ce mot n’arrive pas à sortir.

Pas de panique !

Bon, voilà… En fait, j’ai la tête à l’envers ce soir après deux verres de ‘sky et un rail en pleine face.

Pas de panique ! Je gère la situation.

Allez un petit effort avant d’être pris pour un déphasé lunaire.

Alors, oui… Je disais donc : « Morte saison qui sommeille en ces nuits troubles, je pêche à la ligne des mots décevants pour te quérir une bien triste nouvelle. »

QUOI ENCORE P****N DE M***E ! TU VAS FERMER TA GROSSE G****E ! OU JE VAIS FAGOTER TA SALE JOLIE PETITE G****E !

Ça y est, l’autre zinzin de l’espace est parti à la conquête d’un nouveau territoire ! Ah, comme ce t*** de b***e me fait pisser de rire. Même pas peur ! C’est pas à moi, tout de même, qu’on va apprendre le catéchisme.

Euh…oui ! Où en étais-je ? Saches l’ami(e) que je ne te mène pas en bateau. J’immigre vers d’autres horizons quand vient cette soif de liberté d’asseoir un minimum de respect. Merde quoi ! On n’a pas la vie qu’on mérite… Et, moi j’ai un témoignage poignant à partager avec toi mon unique ami(e) avant que l’autre t******e ne revienne à la charge.

Amandine, tu me manques tant… J’ai envie de crever des larmes de désespoir.

Ça y est… Je sens le fluide chaud me traverser le cerveau.

Il suffit parfois d’un simple sourire pour être transporté dans un formidable élan à condition qu’il soit sincère.

Ce n’est qu’une songerie multicolore au regard de ma vie, de cette vie de reliquat. Peu de gens posent leurs yeux sur moi. Quand ils sourient, ce n’est que par pitié ou pour se moquer de ma condition d’homme soumis à son isolement, à son chagrin.

Je croise souvent de voluptueux personnages, imbus de leur personne, qui crachent des mots crus, désolants et blessants. Nous vivons dans une société où il faut paraître pour exister en tant qu’être humain.

D’un regard de marbre, je pisse sur la bêtise humaine. Je dis cela car nous souffrons de n’être que des âmes paumées dans ce monde qui nous ignore. Nous n’existons que pour nous-mêmes : un semblant de soi dans une société cruelle.

Qui ou que suis-je devrais-je dire ? Un homme ou un rat en gestation : un homme qui devient un animal habité par la laideur et répugnant.

Je songeai à un meilleur avenir pour moi et ma petite Amandine.

Je songeai à la protéger de ce massacre civilisé.

Même pas peur, songeai-je, à l’époque !

Même pas peur !

Un bien beau mot que cette peur qui éjacule en pleine face.

Oui, l’ami(e) : tu l’as bien entendu.

Au sang des larmes, raisonne ma tristesse…

Sans ma fille, de battre mon cœur se serait arrêté. Je respire pour ma fille. Elle m’aide aussi à vivre dans ce monde où le capitalisme est roi, où la raison humaine a perdu du sens et depuis peu en proie aux premiers signes de faiblesse.

En fin de compte, nous ne serons pas seuls sur la route d’un lendemain sans espoir. Nous traversons ce bas monde où nous côtoyons les mêmes gens qui auparavant n’ont pas daigné nous regarder au fond de nos yeux.

Ma fille, ma bataille, mon sang, ma liberté. J’aimerais tellement que…

Ça y est : il s’est calmé l’autre camé à la cervelle décomposée. L’égoïsme de certains me fait peur dans un sens. Mais n’ayons pas peur des mots : c’est un ramassis de m***e qui tâche mon aura au moment où j’enclenchais la voix off.

Allez, continuons dans cette voie mon ami(e).

Je disais que j’aimerais tellement que ma fille unique vive encore.

Amandine, tu es mon médicament, ma raison d’être, ma force pour supporter cette infâme condition.

Un sourire. Je ne demande juste que ça : un coup de pouce pour aller plus loin.

BAM BAM BAM BAM BAM BAM BAM BAM

P****N C’EST QUOI CE BORDEL !

OH MON DIEU… C’EST PAS VRAI !

IL N’A TOUT DE MEME PAS OSER LE FAIRE !

L’ENFOIRE…

BAM BAM BAM

Ma fille, ma petite Amandine chérie, je t’aime et tu es cet amour réciproque qui m’aidera à survivre dans cet…

« C’est l’heure de votre piquouse…. », me baragouine ce vieux sorcier déguisé avec une grimace à vous glacer le dos…

Amandine, je te dédie ce testa…

MEME PAS PEUR… EN CERTAINES CIRCONSTANCES.

MAIS LA, J’ASSURE QUE JE FLIPPE MA RACE !

Emorizo, alias F. Ménez

Copyright© Tous Droits réservés, F.Ménez-2016

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