La société

Il suffit parfois d’un simple sourire pour être transporté dans un formidable élan à condition qu’il soit sincère. Ce n’est qu’une songerie multicolore au regard de ma vie, de cette vie de SDF. Peu de gens posent leurs yeux sur moi. Quand ils sourient, ce n’est que par pitié ou pour se moquer de ma condition d’homme soumis à son isolement.

Je croise souvent de voluptueux personnages, imbus de leur personne, qui crachent des mots crus, désolants et blessants. Nous vivons dans une société où il faut paraître pour exister en tant qu’être humain.

D’un regard de marbre, je pisse sur la bêtise humaine. Je dis cela car nous souffrons de n’être que des âmes paumées dans ce monde qui nous ignore. Nous n’existons que pour nous-mêmes : un semblant de soi dans une société cruelle.

Qui ou que suis-je devrais-je dire ? Un homme ou un rat en gestation : un homme qui devient un animal habité par la laideur et répugnant.

Cinq ans. Cinq ans que je fuis les rues qui m’étouffent et qui, au gré de cette vie, m’ont finalement adopté. Mais la rue n’a pas encore eu mon âme.

Cinq ans que je songe à un meilleur avenir pour moi et ma petite fille Jenny, abandonnés par la société. Quelle belle image que celle d’un père qui fouille dans les poubelles pour trouver de quoi se nourrir.

Sans ma fille, de battre mon cœur se serait arrêté. Je respire pour ma fille. Elle m’aide aussi à vivre dans ce monde où le capitalisme est roi, et depuis peu en proie aux premiers signes de faiblesse.

En fin de compte, nous ne serons pas seuls sur la route d’un lendemain sans espoir. Nous traversons ce bas monde où nous côtoyons les mêmes gens qui auparavant n’ont pas daigné nous regarder au fond de nos yeux.

Ma fille, ma bataille, mon sang, ma liberté. J’aimerais tellement que tu vives sous un toit. Tu es mon médicament, ma raison d’être, ma force pour supporter cette infâme condition.

Un sourire. Je ne demande juste que ça : un coup de pouce pour aller plus loin.

Ma fille, ma petite Jenny chérie, je t’aime et tu es cet amour réciproque qui m’aide à survivre dans l’isolement.

A toi, ma Jenny,

Ton Papa.

PS : Merci d’avoir pris le temps de lire ma lettre. Vous seuls pouvez sauver ma Jenny. Que Dieu te garde ma chérie.

Emorizo, alias F. Ménez

Remarque: cette lettre est fictive et si proche de la réalité de certains d’entre nous…

Copyright © Tous Droits Réservés, F. Ménez-2017

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