Humeur vagabonde # 21

Il m’arrive souvent d’être le confident privilégié d’une amie quand le monde semble s’effondrer autour d’elle voire quand la vie joue des siennes avec son hypersensibilité ou son hyperémotivité. Alors, j’entends par privilégié, le fait d’être une personne de confiance. Je n’ai pas dit que c’était souvent simple. J’ai aussi mes moments d’impatience qui peuvent irriter et clore la discussion de manière parfois brutale. Écouter l’autre demande une certaine agilité du langage et du « comportement ».

J’avoue qu’il y a un certain effet étrange qui m’interroge. Une personne qui se sent un poids pour tout le monde oublie souvent que des gens sont là pour la soutenir en toute amitié. C’est parfois dur à entendre que l’aide apportée ne suffit pas ou ne répond pas à une demande particulière. C’est comme une « épave émotionnelle intense » pour qui s’est difficile de lui montrer la lumière tant elle est habitée par son mal être. D’ailleurs, elle se sent tout de suite incomprise… D’où, le fait de surveiller son langage et ses propos qui ne peuvent qu’engendrer plus de mal être. C’est d’ailleurs contre-productif d’agir de manière précipitée. J’ajouterai qu’il existe même des attentes trop oppressantes pour soi…

Je ne suis pas psy et pourtant je suis amené parfois à être dans une écoute compliquée pour qui n’a pas les codes de la communication passive. Je n’ai pas de manuel de psychologie en main pour répondre aux problématiques rencontrées lors d’une écoute passive. Je suis un simple ami qui prend de son temps pour écouter avec ses limites d’humain.

Des fois pour apaiser les tensions, j’utilise l’humour doux pour détendre et faire penser à autre chose. Ce n’est pas toujours évident car il faut que la « blague » tombe juste sans que cela ne devienne une tentative avortée.

Lors de l’écoute, c’est compliqué d’être dans le juste au bon moment. Écouter demande une attention toute particulière exempt d’interprétations qui pourraient fausser la réalité de la personne que l’on écoute. Il faut éviter de trop interagir directement car chaque mot, dit choisi, peut aussi bien blessé que faire esquisser un sourire.

De manière générale, l’écoute est assez aléatoire. Des moments nous sommes ouverts et bien disposés à être passif. D’autre moment, nous sommes nous-même agités pris dans une trop grande empathie et à vouloir réconforter l’autre par des mots. Souvent, il suffit d’être présent sans mot dire, sans porter un quelconque jugement même si cela nous semble constructif. C’est déjà trop la nuit dans la tête de la personne écoutée.

Ce n’est vraiment pas évident…

Cela demande beaucoup de patience et un acte de confidentialité. Il est nécessaire d’être détaché de son émotif qui pourrait interférer avec celui de la personne que l’on écoute.

Être un confident demande une certaine responsabilité: ne pas interrompre le processus de verbalisation de la personne écoutée. Parfois, un ami peut aider à formuler des pensées sombres à partir du moment où la confiance est installée.

Trop d’écoute tue l’écoute car des fois la personne en souffrance abuse de mon temps passé à être dans une posture passive. A croire que je passe toute ma vie dans un cabinet en tant que psy. Ce n’est pas mon métier et cela peut être pesant et énergivore. Du coup, j’ai envie de fuir et de mettre fin à la discussion. J’ai mes limites et j’ai une vie qui m’appartient aussi.

Écouter: oui. Abuser de mon écoute: non.

Ensuite je ne dis pas que la personne n’est pas reconnaissante. Au contraire, elle me remercie souvent d’être présent et d’être attentif à son besoin de verbaliser son mal être.

La psychologie humaine est compliquée…

Emorizo


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