Le Temps et l’Homme: une grande histoire d’amour

Le mois d’Août s’en va renifler le doux parfum de mes pensées d’antan. Une fois de plus, je dépouille le thème du Temps. Ça devient, il faut l’avouer, une obsession. C’est un peu mon Cheval d’Arçons.

L’essai qui va suivre est une suite à mes différents textes archivés s’articulant autour du thème: le Temps. L’essai a été écrit dans un certain contexte, courant 2000, où l’ennui me guettait à chaque coin de rue.

Aujourd’hui, j’ai choisi cet essai car il continue à résonner dans ma mémoire. Cet essai n’est pas si abouti. Ce sont juste des réflexions qui en amènent d’autres etc.


Le Temps et l’Homme: une grande histoire d’amour

A peine sorti de son nid, le petit Homme est déjà condamné à mourir par le Temps…

Le Temps est insaisissable. Il nous balaye comme poussière que nous sommes. Il broie chacun de nos précieux instants. Il aime à nous torturer la conscience: c’est comme un jeu. Nous sommes des proies qui fuient l’instant qui nous échappe, pour échapper au Temps qui nous tenaille sans cesse. Nous tentons ainsi de peindre notre existence pour fuir ce Temps qui pèse sur notre conscience…

Cependant, on passe son temps à attendre que le Temps passe tandis que rien ne se passe. Attendre (invention même du Progrès) fait parti de notre quotidien (malheureusement!). En fait, on passe notre Temps à attendre que le Progrès nous prenne dans ses bras… Il est étrange de voir, dans notre société, que le Progrès qui se voulait Maître du Temps, ne soit en fait qu’un simple bouffon. En fait, le Progrès aide le Temps à mieux contrôler la société; en lui faisant perdre du temps.

Ah, le Progrès! Celui-là même qui est censé aider l’Homme à livrer bataille contre le Temps, devient pour ainsi dire son pire ennemi.

Ah, le Progrès! Il devient – on peut le dire – la pièce maîtresse du Temps. Il manipule l’Homme peu à peu. Ce bouffon du Temps n’est qu’un moyen judicieux de duper l’Homme qui croit lui-même duper le Temps.

Les moyens de locomotion, notamment, sont à même de nous permettre d’aller plus vite, pour franchir des kilomètres à l’horizon. Cependant, ce Progrès impose à l’Homme des horaires fixes: départ, arrivée,… De plus, les moyens de locomotion empêchent l’Homme de vivre normalement: il meurt juste à petit feu. Il y en a bien un qui me déplaît: le bus; car on reste zombie dans l’attente d’arriver au lieu désiré (et voilà encore quinze minutes, deux heures… de ma vie gâchée: tout ça pour faire quelques kilomètres…)

Il faut abandonner son âme au Temps. C’est en cherchant à le dominer que nous nous perdons dans sa trame. Voyez, les indigènes! Le Temps pour eux n’est pas compté en tant que tel: jour, minutes, secondes… Ils ne sont pas à la minute près! Ce n’est pas comme dans nos sociétés: chaque minute compte au dépens d’un Progrès qui ne nous attend pas.

Nous sommes pressés par le Temps qui coule dans nos veines à la manière d’un sablier. nous ne cessons de vivre en accélérer, et nous oublions ainsi de vivre notre vie.

Le Progrès invite l’Homme à remonter le Temps… Nous n’avons pas le temps de savourer notre existence car le Temps nous écrase sous son poids imposant. Il nous élimine à petit feu du cours de la Vie.

Souvent le Progrès bafoue notre liberté, car il décide à notre place de ce que le Temps doit être pour nous. Nous devons nous soumettre aux conditions dictées par le Progrès, qui a fait ce que notre société est. Le Progrès veut aller plus vite que le Temps pour avoir le temps d’imprégner son empreinte au sang de l’Homme… Nous sommes robotisés par le Progrès qui commande nos articulations et nous guide là où bon lui semble d’y aller.

De plus, dans nos sociétés occidentales, le Progrès a habitué l’Européen à vivre à ses dépens. Ainsi l’Européen a oublié de vivre. En fait, tout se passe si vite qu’on finit par s’ennuyer malgré que nous ayons le Temps à nos commandes.

Ce Progrès, qui fait qu’on s’ennuie de plus en plus, a engendré un nouveau problème: le stress. celui-là même qui hante nos âmes de ces instants perdus. On stresse car le Temps nous manque quand il faut attendre; attendre que le Progrès nous guide pour prendre le chemin d’une liberté utopique…

Le Temps absorbe l’Homme dans son Progrès. Mais est-ce que le Progrès aide réellement l’Homme à survivre au Temps? N’est-il pas au contraire entrain de dévorer l’instant présent propre à l’Homme! En fait, le Progrès dévoile à l’Homme sa trop grande faiblesse face au Temps; celui-là même qui dompte l’Etre humain à sa convenance!

Mais, ce petit Etre qui marche à peine sur ses deux pattes, se croît maître, en innovant sans cesse…

D’un côté, la médecine tente de rendre l’Homme immortel pour qu’il puisse échapper, un pas de plus, à  cette mort qui le guette; à cette mort qui creuse Son Nid…

De l’autre, nous ne cessons d’innover en faveur d’un meilleur confort… Rendre le Temps confortable et acceptable…! Pourquoi pas? Cela peut-être un moyen de maîtriser le Temps, mais ceci n’est que pure illusion! Cependant, le confort peut aider à supporter le poids du Temps…

Le Temps change, lui aussi, au profil d’une société qui évolue. Le Temps s’adapte à chaque société, à chaque époque. Nous, on n’a pas encore su s’adapter au Temps… En fait, le fait même d’innover pour combattre l’Horloge Humaine renferme l’Homme – lequel s’est construit sa pyramide – dans son cercueil. Car le fait d’avoir ce Temps qui goûte chaque goutte de son sang, l’Homme finit par crever avant l’heure.

Suivant la société, le Temps n’a pas le même impact sur les consciences. C’est la société qui forge l’Homo Sapiens Sapiens au Temps. Suivant notre milieu politico-socio-économique, le Temps change de saison. En fait, chacun perçoit le Temps à sa manière, car c’est la conscience qui en premier lieu est en contact direct avec ce Temps insaisissable.

C’est marrant, mais le fait d’avoir une palette d’activités en main dans une même journée… nous permet d’avoir en mémoire plusieurs souvenirs; ce qui nous donne l’illusion que le Temps nous appartient. A l’instar d’un artiste, nous peignons le visage de nos souvenirs au fil du Temps qui court… Certes, les souvenirs font que le Temps est figé dans notre mémoire, mais il s’agit d’un Temps révolu… et non du Temps qui passe. Il semble nous appartenir car nous le domptons à notre manière. On le cuisine et on lui donne l’air d’être appétissant. Mais pour apprécier le bon goût du Temps, il nous faut être; être nous-même… un être humain qui essaye de vivre.

Nous avons inventé une notion qu’il ne faut pas oublier: l’habitude; celui-là même qui tue ma conscience d’exister dans le Temps. Je meurs à petit pas, sans avoir conscience que le Temps bouffe avec avarice mon temps.

La société industrielle fait que nous avons le devoir de respecter des horaires fixes, un emploi du temps. La société nous habitue à repasser toujours cette même pellicule, qui résume notre existence en une suite de gestes quotidiens qui n’évolue pas. Nous avons l’impression de patiner… En fait, nous passons la majeure partie de notre vie à marcher toujours dans le même sens: dormir, manger, travailler; dormir, manger, ah! divertissement. Puis, on est reparti: dormir…

Nous ressentons le Temps différemment, suivant notre état d’âme présent. Notre conscience du Temps dépend du milieu dans lequel nous tentons d’évoluer… Les gestes du quotidien, qu’impose la société, nous font oublier que nous existons car nous ne prenons plus la peine d’être conscient du monde qui nous entoure. nous sommes comme des zombies. Nous semblons avoir une quelconque existence ici-bas qui se déroule lentement vers la mort. Mais lorsqu’un événement vient nous frapper de plein fouet dans cette habitude flasque…(qui colore notre existence); soudain, nous prenons conscience que le Temps est déjà passé, et qu’aujourd’hui n’est plus hier et que nous sommes déjà vieux.

Il suffit d’un changement radical dans notre existence pour que notre conscience enregistre les moindres faits et gestes – car le changement est nouveau – de la Vie. Notre conscience se réveille enfin de cet ennui que sont les habitudes du quotidien, qui font que les jours se répètent; et qu’il nous semble revivre sans cesse la même scène. Un peu comme si nous faisions plusieurs représentations de théâtre, avec de temps à autre des bribes d’émotions toutes nouvelles.

La conscience s’ennuie souvent de cette société qui lui impose un emploi du temps strict de la naissance à la mort: école, travail, retraite, mort,… Tel est notre schéma temporel… Que c’est triste! En fait, nous passons le peu de Temps que nous avons, à travailler pour survivre à cette société; celle-là même qui promet à l’Homme une meilleure existence, par le biais du Progrès. J’entend par là, une meilleure cuirasse pour battre le Temps.

De plus, nous accordons beaucoup trop d’importance aux objets qui nous englobent; ceux-là même que le Progrès nous a offert. En fait, le Progrès nous renferme à nous-même, au Temps qui passe…

Notre conscience bat au rythme de la société qui nous épuise peu à peu dans l’ombre en silence… Notre conscience est habitée par le mouvement que la société lui influe. La conscience a du mal à se trouver dans le mécanisme de la société. Le Temps, qui tricote la société à son image, lui est prédestinée.

Comment survivre au Temps, si ce n’est que de violer l’instant par le biais de l’art? L’artiste cherche sans cesse à figer le Temps à l’instant même de son émotion. L’art connecte l’artiste consciencieusement avec le Temps. L’art bavarde avec le Temps. Il permet à la conscience d’être en communion avec l’instant présent.

En fait, l’art témoigne de notre glorieux combat avec le Temps. L’art aime à rendre l’Homme dans son œuvre, immortel à jamais, à travers les souvenirs…. Le fait même d’avoir accompli quelque chose durant notre existence nous donne le droit d’exister à travers les âges et le Temps… malgré  tous nos souvenirs.

On se souvient de ceux et celles qui ont bâti le Monde et non de ceux et celles qui l’ont subi. Ceux et celles qui subissent la société, meurent avant même d’avoir existé en tant que tel.

Celui qui invente; qui ne subit pas la société baignée dans le Temps; qui impose son empreinte… devient en quelque sorte éternel… Les grands hommes et les illustres femmes deviennent éternels au travers d’une mémoire collective; d’une autobiographie; des livres d’Histoire; de statue à leur effigie; de grands événements… Et parfois, tant leur empreinte est forte, ils deviennent des légendes… Ainsi le Temps fige ceux qui ont voulu sortir de la société.

L’écriture, l’art et cetera sont la mémoire de toute une civilisation… qui meurt qu’au regard de ceux et celles qui l’ont oublié…

Il est quelque fois inutile d’inventer… pour survivre à la mort. Il suffit de quelques mots; d’une pensée qui dérange ou qui suscite une certaine admiration de la part des autres, pour survivre au Temps qui s’écoule…

De plus, notre vie se dessine au grès de ceux et celles qui nous écoutent. Etres éternels, c’est être avec les autres pour qu’ils ne nous oublient pas et que nous continuons à vivre au travers de leur mémoire.

Lorsque nous sommes enfant, nous sommes muets au Temps qui passe. La notion du Temps n’éveille en nous qu’un simple mouvement en avant: demain ne sera plus aujourd’hui. Cependant, le fait même de vivre dans le monde des adultes fait qu’un jour, nous sommes confrontés au Temps: emploi du temps par exemple. Ce dernier est imposé par les adultes qui gèrent le temps de leur enfant afin que cette jeune pousse puisse s’épanouir à sa convenance.

L’enfant est manipulé par les adultes. C’est l’adulte qui lui inculque cette notion temporelle. L’enfant face au regard de la mort: il prend enfin conscience que la mort existe, mais n’arrive pas à la définir. La mort enlève les êtres chers et c’est à ce moment là qu’il prend peur…

En vieillissant, nous cherchons refuge dans les méandres de notre enfance. Nous ranimons les flammes de notre âme profonde; celles de cet enfant trop vite oublié. Nous effleurons notre mémoire aux larmes d’un vieux souvenir.

L’enfant est une proie innocente qui vient à peine de se réveiller. Il s’adapte au Temps qui l’accompagne dans cette réalité si pensante…

« Notre mémoire est un écran connecté à ce passé si vite oublié »; à ce passé que je revis à chaque connexion. L’instant présent coule alors que j’ai déjà pied à mon avenir. Et à chaque seconde que je pense, je m’écarte peu à peu de mon passé… et je m’approche de cette fin en soi qu’est la mort: arrêt sur mon temps.

L’éveil de nos souvenirs nous rappellent que le Temps est comme un jeu de quille. Nous pouvons, comme bon nous semble, remettre les pièces en place… et nous nous évadons à nouveau dans nos souvenirs , pour échapper au Temps qui pèse à cet instant.

Quand nous rentrons dans la société, on doit suivre le mouvement. Et nous sommes souvent étonné, lorsqu’il vient à l’esprit de se souvenir, que le Temps ait absorbé notre conscience. Nous prenons conscience que le Temps n’existe plus. A l’instant même où je pense, je ressens le Temps qui boit mon sang. Mais le Temps efface ma mémoire car la société m’a habituée à son rythme infernal. Hier fait déjà partie d’un passé trop lointain pour que je m’en souvienne…

Lorsqu’on se ballade seul avec comme écho la Nature, nous oublions la société qui a dévoré une partie de nous-même. Notre conscience s’évade… Le Temps n’a plus d’importance…

Dans les musées, nous marions notre conscience avec l’Histoire. L’Histoire nous ramène dans les temps reculés. Nous n’appartenons plus à cette époque. Nous nous laissons guider par les odeurs, les sensations, les sons, les images… qui nous fluent l’Histoire.

Les monuments nous rappellent que le Temps n’est qu’une présence; qu’il est possible de bâtir son existence en posant une à une, pierre à son avenir…

Le Temps est une huile essentielle quant au bon fonctionnement de notre conscience… car le Temps oblige à prendre conscience de son existence…

F. Ménez, 2000

Emorizo, alias F. Ménez

Copyright© Tous Droits Réservés, F. Ménez-2016

Une réflexion sur “Le Temps et l’Homme: une grande histoire d’amour

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